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L’Afrique et le commerce équitable

Une relation croissante et nécessaire

Les journées internationales de l’Afrique et du commerce équitable partagent la même page du calendrier : le 25 mai le premier, le deuxième samedi du mois (cette année a chuté de 10) dans le cas de la Journée mondiale du commerce équitable. Une excuse bienvenue pour passer brièvement en revue ce que le commerce équitable apporte à l’Afrique, et vice versa.

Le commerce équitable progresse en Afrique….

Si nous regardons les données de Fairtrade International, qui certifie avec le label Fairtrade environ 90% des produits Fairtrade vendus dans le monde, environ 750.000 personnes travaillent dans plus de 400 organisations dans 30 pays africains qui produisent et distribuent leurs produits selon les normes Fairtrade. A cela s’ajoute la majorité des 90 organisations membres de la branche africaine de l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable (WFTO Africa), généralement des organisations artisanales dont les produits ne font pas partie de ceux certifiés par Fairtrade.

Au total, on estime que 60% des travailleurs du monde et un tiers des organisations mondiales de commerce équitable viennent d’Afrique. En fait, la Tanzanie, le Kenya, l’Éthiopie et le Ghana sont en tête du classement mondial des pays qui comptent le plus de personnes travaillant dans ce mouvement d’économie sociale et de solidarité internationale. La plupart des organisations africaines de producteurs équitables sont de petites coopératives appartenant à ceux qui y travaillent, alors que seulement 10% emploient des salariés extérieurs. Cependant, parmi ces dernières se trouvent quelques entités de référence : sur les 10 plus grandes organisations Fairtrade qui certifient leurs produits avec le label Fairtrade dans le monde, neuf sont africaines.

Mais comme nous le savons bien, l’Afrique et le commerce équitable se rejoignent au pluriel. C’est également vrai pour ce qui est de ce qui est produit et de l’endroit où il est produit. L’Afrique de l’Est cultive principalement le café (qui est récolté par la moitié des travailleurs africains du commerce équitable), les fleurs et le sucre (ce dernier sur l’île Maurice dans l’océan Indien). L’Afrique de l’Ouest se caractérise par la culture du cacao (principalement en Côte d’Ivoire et au Ghana) et du coton. Dans les pays les plus méridionaux, avec moins de poids au niveau continental, les fruits et les raisins qui sont à la base de nombreux jus et vins issus du commerce équitable que nous connaissons prédominent.

En Espagne, où ce mouvement est encore moins développé que dans les autres pays qui nous entourent (ce qui est curieux : en Afrique du Sud, on vend aujourd’hui autant de produits équitables qu’en Espagne), les produits africains du commerce équitable occupent également une place importante. Le cacao, le café, le thé et les infusions, les épices, les fruits, le vin, les céréales et les cosmétiques font partie du panier d’achat le plus équitable grâce au travail de 18 organisations de producteurs situées dans 10 pays africains différents et d’importateurs du commerce équitable qui les distribuent par des canaux et formats toujours plus divers.

…Et pourtant, il reste tant à faire

Cette croissance des ventes de produits équitables en provenance d’Afrique et le fait que de plus en plus de travailleurs trouvent dans ces canaux alternatifs un moyen de valoriser leurs compétences productives et leurs connaissances, sont sans aucun doute des nouvelles très positives. Mais loin de tomber dans l’optimisme auto-satisfait, il n’y a qu’une seule conclusion à tirer de l’ensemble de la situation : presque tout reste à faire. Aujourd’hui, la moitié de la population africaine vit avec un peu plus d’un dollar par jour, tandis que les 10% les plus riches accumulent plus de 40% de la richesse du continent entier. Le taux d’analphabétisme touche près de la moitié des adultes et 20 % de la population souffre de malnutrition. Certes, les dernières années ont montré une légère amélioration. Mais la réalité est toujours insupportable. Comme nous l’avons récemment rappelé du CECJ, rien qu’en Côte d’Ivoire, 12 000 enfants travaillent actuellement comme esclaves dans les plantations de cacao qui servent à fabriquer de nombreux chocolats qui remplissent les rayons commerciaux du Nord.

En termes de commerce, l’Afrique ne compte toujours pas au niveau mondial : moins de 3% des importations et des exportations internationales proviennent ou vont vers ce continent, et seulement 10% du commerce africain a lieu entre les pays de la région (par contre : dans l’UE 70% du commerce est interne, en Asie 50%, en Amérique latine 25%). Ici aussi, des pousses vertes semblent se profiler, mais encore une fois les nuances prévalent : la croissance actuelle des exportations africaines est due à la demande croissante des économies émergentes telles que la Chine, le Brésil ou l’Inde. Une exportation de ressources naturelles, principalement énergétiques et minières, qui approfondit le modèle extractif, polluant, dépendant et mono-exportateur qui a caractérisé l’insertion déséquilibrée de l’Afrique dans le commerce mondial depuis la période coloniale. Peu de nouvelles positives du point de vue de la justice commerciale.

Sans aucun doute, la croissance du commerce équitable a un impact très positif sur la vie de dizaines de milliers de personnes en Afrique. Mais ce qui conditionne réellement le présent et l’avenir de plus d’un milliard de personnes qui peuplent ce continent, ce sont précisément les 99% restants du commerce déloyal : les pratiques draconiennes des entreprises transnationales en matière de travail et d’environnement, les règles injustes négociées à l’Organisation mondiale du commerce ou les accords commerciaux bilatéraux que les pouvoirs du Nord, comme l’Union européenne, signent avec les pays africains et qui ne sont bénéfiques que pour les élites économiques des deux camps de la table.

C’est pourquoi nous devons continuer à décider avec nos achats quel type de commerce et de monde nous voulons construire, parier sur les produits fabriqués dans des conditions de justice sociale, de commerce et d’environnement, comme le commerce équitable, et boycotter ceux qui ne répondent pas à ces exigences. Mais la justice commerciale ne se limite pas aux initiatives de commerce équitable. La sensibilisation, la dénonciation, la mobilisation sociale et le plaidoyer politique sont des axes de travail complémentaires essentiels. Pour qu’en Afrique, en Europe et partout dans le monde, tout le commerce devienne un jour équitable et qu’il n’y ait plus besoin du commerce équitable comme exception à une règle insupportable.

Sarah
Hey la compagnie ! Ici Sarah, je suis actuellement derrière mon écran à la recherche de pépite d'actualité à vous partager ! On se retrouve prochainement pour un nouvel article ! Bisous tout le monde !

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